Prix du riz au Mali - Un nouvel accord
Un nouveau protocole d'accord signé récemment s'efforce de sauvegarder les intérêts des différentes parties : producteurs, commerçants, consommateurs.
Le prix du riz n'a pas fini de faire parler de lui. L'excellente campagne agricole de cette année réalisée en grande partie grâce à l'Initiative riz a suscité des espoirs légitimes chez les consommateurs. Malheureusement, l'effet le plus attendu de la bonne récolte, la baisse du prix du riz, tarde toujours à se manifester nettement. Les consommateurs arpentent les marchés, cherchant en vain un riz véritablement bon marché.
Pour le moment, à Bamako comme dans les capitales régionales, aucune baisse franche n'est observée même si les prix refluent doucement. Le riz RM40 (une variété importée) est vendu entre 375 et 400 Fcfa le kilo. Le « Gambiaka » (riz local) est cédé entre 350 et 400 Fcfa. Quant au riz local étuvé communément appelé « fama malo » (le riz des riches en langue nationale bamanan), et au riz BB importé parfumé, il faut débourser 500 voire 600 Fcfa pour un kilo.
Les pouvoirs publics ont initié une politique de commercialisation qui s'attache à sauvegarder les intérêts des producteurs, des commerçants et des consommateurs. L'équilibre n'est pas facile à trouver. Mais les autorités continuent d'œuvrer pour que cette céréale reste disponible en quantité sur le marché et à des prix accessibles à la population. La dernière initiative en date est le protocole d'accord signé le 7 février dernier entre le ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Commerce, l'Assemblée permanente des chambres d'agricultures du Mali et la Chambre de commerce et d'industrie du Mali.
LA NECESSAIRE COLLABORATION. Par cet accord, les producteurs s'engagent à céder le kilogramme du riz au prix maximum de 250 Fcfa. Ils doivent également faire en sorte que la totalité des excédents de production soit vendue exclusivement aux commerçants membres de la Chambre de commerce et d'industrie à l'exception de ceux cédés à Office des produits agricoles du Mali (OPAM).
De leur côté, les commerçants ayant bénéficié de cette mesure doivent faire en sorte que leurs collègues détaillants puissent vendre le riz à un prix maximum de 300 Fcfa le kilogramme. Le protocole d'accord stipule que les « magasins témoins » mis en place lors de l'opération d'exonération de l'année de l'année dernière, seront ravitaillés.
"Cet accord est l'aboutissement d'une série de rencontres que nous avons eues avec les différents acteurs. Il ouvre des espaces de concertation entre le gouvernement, les producteurs de riz, les commerçants et les consommateurs », explique Abdoul Karim Sissoko, le directeur national adjoint du Commerce et de la Concurrence. L'entente met selon lui en évidence, la nécessité de la collaboration entre tous les acteurs de la filière du riz.
Quant à l'APCAM, elle a, au nom des producteurs de riz, pris l'engagement de livrer 46 100 tonnes conformément au calendrier d'achat du protocole fixé à 21 jours à compter de sa date de signature par les parties prenantes.
L'Office des produits agricoles promet de son côté d'acheter exclusivement le riz local emballé dans des sacs de 50 kg au prix de 270 000 Fcfa la tonne. Ces achats se feront auprès de l'APCAM. En principe, chacun trouve son compte dans le protocole d'accord.
Mais sa mise en application se heurte déjà à des difficultés, au premier rang desquelles l'approvisionnement des marchés centraux et la commercialisation de l'excédent de la production.
"Ce protocole d'accord est certes très important pour la régulation du marché et le ravitaillement cohérent des consommateurs tout en conciliant les intérêts des différentes parties. Mais il comporte à mon avis une insuffisance. Il fallait faire un inventaire rigoureux de l'état des stocks aussi bien au niveau des paysans qu'au niveau des commerçants. Car certains producteurs ont déjà commencé à vendre leurs excédents pour rembourser les crédits qu'ils avaient contractés pour acheter les intrants. Il était essentiel de connaître la quantité du reste des excédents ». Cet avis est celui de Faliry Boly, représentant de la "Plate-forme riz", une organisation regroupant l'ensemble des associations de producteurs de riz.
Ensuite l'accord indique que les paysans doivent céder le kilogramme de riz aux commerçants à 250 Fcfa. L'accepteront-ils alors que certains commerçants font de la surenchère en proposant 290 voire 310 Fcfa pour le kilogramme ?
« Pourquoi devrions-nous vendre notre riz à 250 Fcfa alors que nos collègues de l'Office riz de Ségou (ORS) ont signé un accord avec l'OPAM selon lequel ce dernier achètera leur stock d'excédents à 270 Fcfa, pour à son tour le mettre sur le marché à 300 Fcfa. Pourquoi pas le même prix pour tous ? », interroge ainsi Oumar Traoré, producteur de riz à Sélingué.
« Pour stabiliser les prix, il faut d'abord agir sur les coûts de production et éliminer les intermédiaires qui ne sont pas en réalité des commerçants, mais plutôt des spéculateurs. Quand les intermédiaires assurent qu'à Bamako le marché est bien approvisionné, les prix chutent. Et quand ils viennent dire que là-bas il y a pénurie, les prix montent en flèche », témoigne Mamadou Soumaré, un paysan de San.
UN TEMPS FOU. Une autre mesure décidée par le gouvernement pour soulager les ménages aux revenus modeste est la mise en place des « magasins témoins ». Dans le cadre de cette initiative, « 120 magasins témoins » avaient été sélectionnés pendant l'opération d'exonération de l'année dernière. Ils sont concernés par le protocole d'accord du 7 février dernier. Par le passé, ces magasins dont la couleur d'identification est le bleu, avaient fait l'objet de critiques.
Certains consommateurs se plaignaient, par exemple, de leur nombre limité. « Il faut passer un temps fou pour trouver ces boutiques. Et une fois sur place, tu n'as pas droit à une grande quantité. Nous autres achetons le riz par sac de 100 kg. Or dans les magasins témoins, on n'a droit qu'entre 5 et 10 kg », soutenait ainsi Seydou Cissé, un chef de famille de Bamako.
Certains magasins témoins vendaient le riz au dessus des prix indiqués. « C'est vrai que nous n'avons pas toujours respecté les prix fixés. C'est tout simplement parce que si nous le faisions, nous n'allions jamais nous s'en sortir. Regardez, on vous donne la tonne de riz à 300 000 Fcfa. Ce qui correspond à 300 Fcfa le kg. On vous demande de vendre à 310 Fcfa le kg. Or il faut acheter les sachets pastiques et payer la location des magasins. Céder le kilo de riz à 310 Fcfa dans ces conditions, c'est vendre en pure perte », se défend Oumar Diallo, un propriétaire de magasin témoin.
Oumar Diallo et d'autres collègues ne sont plus chauds pour renouveler une opération qui ne leur a rien rapporté. "Moi, je ne suis plus dans cette affaire. Nous versons l'argent nécessaire pour avoir notre dotation. Il nous arrive très souvent d'attendre plus de dix jours avant qu'un nouveau stock arrive. Cela décrédibilise l'opération et nous en même temps", souligne Ali Touré, un autre boutiquier.
Dans tous les cas, il y a beaucoup de choses à revoir avec la reconduction de l'opération. Les autorités de tutelle qui en ont certainement conscience doivent repenser le protocole en tenant compte des faiblesses constatées et de la structure même du marché national des céréales.