Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /2009 19:25

Pour la plupart des pays d'Afrique subsaharienne dont le Mali, la connaissance démographique est récente, puisqu'elle remonte à une quarantaine d'années. L'enquête démographique de 1960-61 fut la première opération nationale à fournir des données statistiques sur la situation démographique du pays. Selon les statistiques, l'accroissement naturel du pays est en pleine augmentation au cours des vingt cinq dernières années.

 

L'historique des enquêtes démographiques

Selon les sources démographiques, c'est en 1976, que fut réalisé le premier recensement général de la population et de l'habitat, inaugurant la mise en place à périodicité régulière d'opérations censitaires. Le deuxième recensement a été réalisé en 1987, le troisième en 1998 et le quatrième en 2009.

Depuis le milieu des années quatre vingt, le Mali dispose de plusieurs enquêtes démographiques nationales : l'enquête nationale de 1985 et les enquêtes démographiques et de santé (EDS) de 1987, 1995-1996, 2001, et 2006. Une enquête spécifique sur les migrations et l'urbanisation (EMMU) a été réalisée en 1992-93.

A la marge de la démographie, il existe différentes enquêtes nationales orientées sur les questions économiques, telles que les enquêtes régulières sur l'emploi, les enquêtes sur la pauvreté de 1993 et de 2001.

Grâce au recensement réalisé exhaustivement sur l'ensemble du pays, on dispose de données satisfaites sur l'effectif, la structure et les caractéristiques socio-économiques de la population à l'échelle nationale, mais aussi régionale et locale.

En revanche, l'enregistrement des naissances et des décès par l'état civil est encore faible, seule une partie des événements étant déclarée.

Principale source de données pour mesurer les tendances démographiques dans les pays où il fonctionne, l'état civil est d'un apport marginal à la connaissance démographique au Mali. Tout au plus peut-on, moyennant différentes méthodes de redressement, en tirer des indicateurs pour la capitale?

Grâce aux enquêtes démographiques et de santé, on dispose désormais d'une connaissance satisfaisante du niveau et des tendances de la fécondité et de la mortalité des enfants, ainsi que de leurs déterminants. Mais les données sont beaucoup plus lacunaires et incertaines pour d'autres paramètres démographiques.

Il en est ainsi de la mortalité adulte, de la mortalité selon la cause de décès ou encore plus simplement du volume des naissances et des décès. Les tendances migratoires récentes sont également difficiles à mesurer, aucune enquête n'ayant permis d'actualiser les résultats de l'enquête EMMU de 1992-93.

Pour essayer de pallier l'absence de données, des questions spécifiques sont introduites dans les recensements et les enquêtes pour obtenir des estimations indirectes des principaux indicateurs démographiques. Les questions posées aux individus recensés sur leur lieu de résidence 12 mois plus tôt et sur leur lieu de naissance permettant ainsi en comparant ces informations au lieu de résidence actuelle, d'obtenir des informations sur les migrations.

Des questions sur la survie des parents (dans le recensement) ou des soeurs (dans les enquêtes) visent quant à elles à obtenir des estimations indirectes sur la mortalité adulte et la mortalité maternelle.

Enfin, pour évaluer le volume de décès et de naissances de l'année précédente, le recensement, les résidents sont interrogés sur les naissances et les décès survenus dans leur famille au cours des 12 derniers mois. Ces estimations s'avèrent cependant de qualité médiocre, en particulier pour les décès : en règle générale, les omissions conduisent à une sous-estimation de la mortalité.

Conjointement aux indicateurs tirés des opérations nationales, les Nations Unies publient chaque année des estimations des principaux indicateurs démographiques pour les différents pays du monde.

Ces indicateurs sont estimés à partir des méthodes standarisées ; ils s'appuient sur les indicateurs nationaux disponibles, des techniques de redressement et des modèles construits à partir des pays disposent de données faibles.

Selon les méthodes d'estimation retenues et les hypothèses qui les sous-tendent, un même indicateur peut prendre des valeurs assez différentes. Il en est ainsi de l'espérance de vie à la naissance, un indicateur familier, dont le calcul nécessite cependant des données détaillées sur la mortalité par âge.

Cet indicateur a été estimé à 60 ans à partir des données du recensement de 1998 mais à 48 ans seulement par les Nations Unies pour la période 1995-2000, soit une différence de l'ordre de 12 ans. Le résultat tiré du recensement est certainement sur estimé compte tenu de la sous-déclaration des décès de 12 derniers mois.

Mais il est possible qu'à l'inverse, les Nations Unies sous-estiment l'espérance de vie, ce qui serait le cas si la structure de la mortalité par âge au Mali était différente de celle des modèles utilisés en référence. La réalité se situe vraisemblablement entre les deux estimations, mais l'imprécision, on le voit, est grande. Cette incertitude est l'une des raisons qui expliquent l'attention portée principalement à la mortalité dans l'enfance, dont la mesure est plus faible, et qui tient par ailleurs, une place déterminante dans l'évolution de la mortalité générale.

D'une façon générale, les valeurs des indicateurs sont à considérer comme des ordres de grandeur. Les différences susceptibles d'être observées, selon les sources de données et les méthodes d'estimation utilisées, témoignent avant tout des efforts déployés pour apprécier, par la mobilisation des différentes techniques disponibles, une réalité démographique d'autant plus difficile à cerner qu'elle porte sur une population largement rurale, faiblement scolarisée et peu familiarisée avec les notions d'âges et de dates, indispensables à la mesure démographique.

Le doublement de la population en moins de trente ans

Selon les recensements nationaux, le Mali comptait une population de 6,4 millions d'habitants en 1976, 7,7 millions en 1987 et 9,8 millions en 1998. La population a ainsi augmenté au rythme annuel moyen de 1,9% entre 1976 et 1987 et 2,2% entre 1987 et 1998.

Si l'on considère que le taux d'accroissement de 2,2% s'est maintenu, la population du Mali s'élève à 11,2 millions en 2004. Les Nations Unies proposent une estimation plus haute, situant l'effectif de la population à plus de 11 millions dès 1998 et à 13 millions en 2004.

La mise en perspective de ces indicateurs dans les tendances longues, rend compte de l'augmentation continue de la population depuis les années cinquante, avec une accélération depuis les années quatre vingt. Cette augmentation de la population résulte avant tout du mouvement naturel (naissances et décès).

La mortalité a baissé de façon continue tandis que la natalité s'est maintenue à un niveau élevé, générant un solde positif entre le nombre annuel de naissances et celui des décès.

Par Mamoutou Diallo - Publié dans : Le Mali
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