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Cette jeune femme parle avec une certaine autorité : diplômée d'Harvard et d'Oxford, elle a travaillé à la Banque mondiale puis à la banque d'affaires Goldman Sachs. Mais surtout, elle incarne pour la première fois une voix africaine dans un débat largement monopolisé, depuis quatre décennies, par les hommes politiques, chercheurs et… pop stars du monde occidental.
Dambisa Moyo, classée par le magazine Time parmi les cent personnes les plus influentes de 2009, a désormais un assez large « fan club » qui va du « neocon » américain Paul Wolfowitz, ancien homme-clé de l'équipe Bush passé à la présidence de la Banque mondiale qu'il a dû quitter sur un scandale, à l'historien britannique Niall Ferguson, qui signe la préface enthousiaste du livre et termine par cette phrase :
« Que l'on nous donne plus de Moyo, et moins de Bono [le chanteur irlandais du groupe U2 qui fait campagne en faveur de l'aide à l'Afrique]. »
Le livre de Dambisa Moyo se compose de deux parties : la première est un exposé implacable de ce qu'elle considère comme l'échec absolu de la stratégie d'aide à l'Afrique suivie depuis les indépendances des anciennes colonies du continent ; la deuxième, plus controversée, suggère des pistes alternatives qui font la part belle aux forces du marché.
Le réquisitoire de Moyo contre l'aide internationale est implacable, et, sur la base de ses chiffres, assez convaincant. Selon elle, les quelque 300 milliards de dollars déversés sur l'Afrique sub-saharienne depuis les années 70, soit environ 15% du PNB du continent, c'est-à-dire en proportion quatre fois plus que le plan Marshall qui a permis le redécollage des économies européennes après la deuxième guerre mondiale, n'a fait que générer corruption, pauvreté, inefficcaité, fuite des cerveaux…
« Il est virtuellement impossible en s'appuyant sur l'expérience de l'Afrique de soutenir que l'aide a eu des résultats positifs » (…)
Le résultat de l'aide, c'est une croissance plus lente, une pauvreté plus grande, et l'Afrique à l'écart du progrès économique. (…) L'aide est le problème. »
En cause, les visions paternalistes dans certains cas, idéologiques dans d'autres (l'aide à Mobutu, l'ancien chef d'Etat du Zaïre, aujourd'hui Congo, l'un des hommes plus corrompus de l'histoire de l'Afrique indépendante, pour contrer l'influence soviétique par exemple), ou simplement l'aveuglement de ce qu'elle appelle l'« industrie de l'aide » qui fait vivre des centaines de milliers de personnes à travers le monde. Et surtout, l'absence de perspective de fin de la manne :
« Les gouvernements africains ont été amenés à considérer l'aide comme une source de revenus permanente et sûre : ils n'ont aucune raison de croire que les flux ne vont pas continuer indéfiniment. »
D'où sa proposition d'annoncer solenellement la « réduction graduelle (mais intransigeante) de l'aide systématique » sur une période de cinq ou dix ans, le fameux coup de téléphone aux chefs d'Etat africains pour leur conseiller de s'y préparer…
Dambisa Moyo est assurément moins convaincante dans sa « feuille de route » alternative. Ainsi, sa première proposition intitulée « la solution : le capital », intervient en pleine crise financière, un « timing » malencontreux qui affaiblit son plaidoyer en faveur des émissions d'obligations ou de l'appel aux forces du marché, à l'investissement international classique.
De même, elle émet des positions politiques très peu orthodoxes :
« Dans un monde idéal, ce dont ont besoin les pays pauvres, les pays situés tout au bas de l'échelle, ce n'est pas d'une démocratie avec ses partis multiples, c'est d'un dictateur bienveillant décidé à imposer les réformes nécessaires pour donner une impulsion à l'économie. »
Même si elle ajoute, lucide :
« Trop souvent malheureusement ces pays se retrouvent finalement avec un accroissement de dictature, et une portion congrue de bienveillance… »
Dans la même veine, elle titre un de ses chapitres « les Chinois sont nos amis », rendant hommage au rôle de Pékin sur le continent depuis le début de la décennie, qui finance de nombreux projets d'infrastructure dont l'Afrique avait un urgent besoin mais aussi investit dans les économies africaines, et prédisant que la Chine sera effectivement « la puissance étrangère dominante sur le continent au XXIe siècle » :
« Au cours des derniers soixante ans aucun pays n'a eu, sur la structure politique, économique et sociale de l'Afrique, un impact comparable à celui de la Chine depuis le début du second millénaire » (sic : nous sommes dans le troisième, erreur de traduction ? )
Les thèses de Dambisa Moyo, on s'en doute, ne sont pas du goût des défenseurs de l'aide à l'Afrique, qui font pression, au contraire, pour que celle-ci soit revue à la hausse. Ils redoutent que son discours ne serve de prétexte aux Etats du G8 qui ne parviennent pas assurer leurs engagements pris dans le cadre du plan de développement du millénaire, et en particulier celui de porter l'aide publique au développement à 0,7% du PIB. On est encore loin du compte.
Sur le site d'Oxfam, l'une des grandes ONG internationales engagées dans l'action de développement, le débat est ouvert. Une militante d'Oxfam originaire du Malawi, Chikondi Mpokosa, exprime sa « déception » à la lecture du livre de l'économiste zambienne :
« Cela me rend triste de lire ce livre et de voir qu'il ajoute aux préjugés en vigueur dans les pays riches. Le livre est faux sur deux points : il est faux de dire que l'aide ne marche pas et il est faux de dire qu'il existe des alternatives viables, surtout en temps de crise économique ».
Ducan Green, chercheur à Oxfam Grande-Bretagne, redoute les effets négatifs de ce livre, tout en reconnaissant que sa propre prise de position en tant que Blanc, membre de cette « industrie de l'aide » dénoncée par Moyo, fragilise sa prise de position. Il reconnait que le livre a touché une corde sensible et a recueilli pas mal de soutiens, notamment ceux de chefs d'Etat africains comme Paul Kagame du Rwanda :
« Le danger est qu'il offre une couverture utile pour les gouvernements des pays riches, à court d'argent en ce moment, pour revenir sur leurs engagements d'aide en disant : “vous voyez, les Africains disent que l'aide ne marche pas, diminuons les budgets”…
Et pour ceux qui ne sont pas d'accord avec sa thèse (et qui, à mon sens, ont pas mal d'élements de leur côté), il leur sera impossible de s'exprimer sans avoir l'air sur la défensive, ou pire d'être intéressés personnellement au débat (y compris cette note de blog).
Comment faire pour que le débat se déroule sur un terrain sensé : les vraies questions étant quels types d'aide marchent et lesquels ne marchent pas ? et comment les réformer ? Le risque est que le travail de Moyo court-circuite ce débat-là. »
Le livre sort ces jours-ci en France, et il ne manquera pas de susciter un débat du même ordre dans l'un des pays les plus concernés par le bilan de quatre décennies d'aide au développement de l'Afrique avec un bilan moins que glorieux. En France aussi, Dambisa Moyo appuie là où ça fait mal.
Existe-t-il des divergences entre les pays concernés, comme l’Algérie, la Libye, le Niger, le Tchad ou la Mauritanie ?
Non, aucune. Nous faisons les mêmes analyses. Qu’il s’agisse du problème lui-même ou des solutions à apporter.
Le Mali est devenu le pays où sont libérés les otages kidnappés en Algérie, en Tunisie ou au Niger. Cela vous vaut quelques inimitiés. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de laxisme ?
Mais nous sommes sur le terrain, en train de nous battre ! En quoi est-ce faire preuve de laxisme ? Nous jouons notre rôle pour sauver ces vies, utilisons nos réseaux et nos connaissances. Peut-être cela n’a-t-il pas été bien compris dans certains milieux. Mais je le dis haut et fort : nous n’avons jamais porté de valises ni versé de rançon. Parole d’officier.
Quels rapports entretenez-vous avec votre prédécesseur Alpha Oumar Konaré depuis son retour au Mali ?
Ils sont excellents. Je ne le vois pas assez souvent, parce je ne veux pas le déranger. Je sais qu’il pense la même chose pour avoir exercé la charge de chef d’État. Mais à chaque fois que nous en avons l’occasion, nous restons des heures à discuter. Comme des chefs d’État mais aussi comme un aîné et son cadet.
Parlez-vous politique, de ce qu’il conviendrait de faire sur tel ou tel dossier ?
Bien sûr, nous ne nous en privons pas…
Quel regard portez-vous sur la classe politique malienne et ses acteurs ?
Question piège… Elle a fait de grands progrès. Nous avons aujourd’hui une certaine expérience démocratique. Mais au-delà des relations politiques, j’entretiens des liens personnels avec de nombreux responsables maliens, au point qu’on ne sait pas où commence la majorité présidentielle et où s’arrête l’opposition. Je trouve cela plutôt sain.
Votre voisin ivoirien semble enfin avoir pris le chemin des élections. Croyez-vous à la date du 29 novembre fixée pour la présidentielle ?
Je ne suis pas un fétichiste des dates. Ce que je constate surtout, c’est qu’il y a désormais de la bonne volonté de part et d’autre. Après sept ans de crise et d’épreuves, c’est une nouvelle qui nous réjouit. Dès le déclenchement du conflit, nous n’avons eu d’autre attitude que d’encourager le dialogue et le retour à la paix dans ce pays qui nous est cher et où vivent de nombreux Maliens.
Vos rapports avec Laurent Gbagbo, que l’on disait plutôt froids, se sont-ils réchauffés ?
Je ne sais pas d’où vient cette histoire. J’entretiens des relations très amicales avec mon grand frère Laurent. Il est tellement détendu que je ne vois pas bien, d’ailleurs, comment il pourrait en être autrement.
Selon vous, qui est le mieux placé pour remporter cette présidentielle ?
Je n’en sais vraiment rien. Les pronostics ne me réussissent pas, sauf peut-être en football…
Après avoir destitué Moussa Traoré en 1991, vous avez rendu le pouvoir aux civils à l’issue d’une période de transition présentée comme exemplaire. Mauritanie, Guinée, Guinée-Bissau, Madagascar… Que pensez-vous de la vague de coups d’État à laquelle nous avons assisté au cours des derniers mois ?
Je suis un ancien putschiste, et ce n’est pas un titre de gloire à mes yeux. Je ne vais donc pas faire la leçon aux uns et aux autres. Je constate simplement que, parfois, nous créons nous-mêmes, j’entends par là les dirigeants politiques africains, les conditions de ces putschs. Une crise politique ou économique devrait se résoudre politiquement. Hélas, la plupart du temps, compte tenu des systèmes dans lesquels nous évoluons, la seule issue reste militaire… Le plus important, à mes yeux, c’est d’œuvrer à un retour rapide à une vie constitutionnelle normale et démocratique.
On a l’impression que, pour vous, il existe de bons et de mauvais coups d’État…
Vous m’avez mal compris : tous les coups d’État sont mauvais. Quelles que soient les raisons qui les ont provoqués, ils sont la conséquence d’un échec des politiques. De tous les politiques, dirigeants comme, parfois, opposants.
Auriez-vous un conseil à donner aux actuels putschistes ?
Certains, comme les Mauritaniens par exemple, ont déjà sollicité mon avis. Je me bornerais à expliquer l’importance d’une transition réussie pour une remise du pouvoir aux civils. Ils peuvent toujours s’inspirer de l’expérience malienne...
Par ses déclarations pro-putschistes et sa défiance permanente vis-à-vis des processus électoraux, le président en exercice de l’Union africaine, Mouammar Kaddafi, ne sape-t-il pas les efforts de l’UA ?
Ce que certains pensent tout bas, lui le dit tout haut. Nous devons accepter d’entendre tous les points de vue. Chacun peut se forger sa propre opinion. Et il faut lui reconnaître qu’il reste un panafricaniste convaincu.
Il assume tout de même la présidence de l’UA, ses déclarations n’engagent pas que lui…
Il s’exprime uniquement en son nom.
Dans ces conditions, que pensez-vous de l’action de Jean Ping à la tête de la Commission de l’UA ?
Il est un peu tôt pour parler de son bilan, mais il faut reconnaître qu’il a du pain sur la planche. Je trouve qu’il met avec réussite ses talents de diplomate au service de notre organisation commune. Avec modération, ce qui ne gâche rien.
La succession d’Omar Bongo Ondimba constitue-t-elle, comme certains le craignent, un motif d’inquiétude à vos yeux ?
Pas du tout. D’ailleurs, je remarque que, jusqu’à présent, tout se déroule dans le respect des règles constitutionnelles et sans accroc.
La plupart des observateurs ont associé son décès à la fin d’une ère, celle de la Françafrique. Est-ce aussi votre avis ?
J’avoue que je ne comprends rien à cette histoire de Françafrique… Nous avons des relations profondes, historiques et parfois intimes avec la France et ses dirigeants. Nous autres, Africains, sommes spontanés et enclins aux relations humaines, personnelles. Cela n’a rien de suspect. Je tutoie Nicolas Sarkozy, il me déroule le tapis rouge quand je passe à Paris, sans que je le lui demande, faut-il le préciser, et alors ?
Comment pourriez-vous qualifier l’état des relations bilatérales avec la France depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, en mai 2007 ?
Je ne sens aucun changement par rapport à la période Chirac, si c’est ce que vous voulez savoir. Tout se passe bien, dans tous les domaines.
Paris vous presse pourtant de signer des accords de réadmission des immigrés clandestins maliens, ce que vous persistez à refuser…
Je ne refuse pas de les signer, je réfléchis… Nous sommes en désaccord sur un ou deux points seulement mais il s’agit d’un sujet qui ne mérite pas que nous nous précipitions.
Les malentendus avec l’Algérie sont-ils dissipés ?
Mais nos relations politiques sont bonnes ! Certains officiers, des deux côtés, avaient des interprétations et des avis différents sur les questions de sécurité dans l’espace sahélo-saharien par exemple, mais cela est oublié.
Pour le symbole, j’ai l’habitude de désigner mon aîné, le président Bouteflika, comme le plus malien des Algériens parce qu’il connaît ce pays mieux que beaucoup d’entre nous. Et je n’oublierai jamais l’aide précieuse qu’il nous a apportée pour la conclusion de l’accord d’Alger, signé avec l’Alliance du 23 mai pour le changement.
Et avec le Maroc ?
Nous pourrions mieux faire. Les liens politiques et diplomatiques se sont cependant renforcés grâce à des partenariats dans des secteurs où des compagnies marocaines interviennent chez nous, notamment dans les banques. Maliens et Marocains ont aussi Tombouctou en partage [une forte communauté arabe d’origine marocaine réside dans la région de Tombouctou, NDLR].
Il est aussi important de signaler que le Maroc et l’Algérie sont les deux pays qui accueillent le plus grand nombre d’étudiants boursiers maliens dans leurs universités et grandes écoles. C’est un concours inestimable à la formation de nos jeunes.
Comment avez-vous vécu l’élection de Jacob Zuma à la présidence sud-africaine ?
Je ne connais pas très bien l’homme mais j’ai été impressionné par la force du soutien dont il a bénéficié au sein de l’ANC et de la part des électeurs sud-africains, malgré tout ce que l’on a pu dire de lui.
Que vous inspire la procédure intentée en France contre trois chefs d’État africains, dans l’affaire dite des « biens mal acquis » ?
Je trouve la méthode pour le moins embarrassante. Et je me pose une question : pourquoi seuls des présidents africains sont-ils visés ?
Avez-vous des biens en France ?
Oui, un compte en banque ouvert lorsque j’étais à l’École de guerre de Paris. À l’époque, il devait y avoir une poignée de francs. Et comme je n’y ai plus jamais touché depuis, je doute qu’il soit susceptible de me valoir des ennuis (rires)…
On connaît assez mal vos passe-temps…
Je suis un passionné de football mais je m’intéresse de plus en plus au basket-ball depuis les brillants résultats des équipes maliennes dans cette discipline. Je lis autant que mon emploi du temps me le permet. Des autobiographies des grandes figures de l’Histoire, pour l’essentiel, et des essais politiques.
J’écoute aussi beaucoup de musique pour me détendre. De la musique malienne mais aussi de la salsa. Et je danse très bien (rires) !
La vie après le pouvoir, vous y pensez ?
Rarement. Il faut dire que j’ai déjà une certaine expérience en la matière… Pendant dix ans, après 1992, je me suis occupé d’humanitaire et de médiations. Ne vous inquiétez pas, je ne pointerai pas au chômage.
Une situation économique tendue du fait de la crise, des agitations politiques dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, les revendications
touarègues et la menace salafiste... L’agenda du chef de l’État malien est chargé. Mais, sept ans après son retour au pouvoir, l’ancien putschiste reste fidèle à sa réputation de démocrate,
apaisé et consensuel.
Palais de Koulouba, sur les hauteurs de Bamako, fin juin. Perché sur une colline, ce témoignage de l’ambition coloniale française, devenu siège de la présidence du Mali indépendant, surplombe une capitale qui n’en finit plus de se métamorphoser. Troisième pont, Cité Afriqiyah, centre commercial ACI, Palais des sports, hôpital du Mali, échangeur flambant neuf, hôtels de luxe… Les nouveaux projets poussent comme des champignons, financés ou mis en œuvre par les « amis » chinois ou libyens. Bonne nouvelle, la pluie commence enfin à tomber, elle dont dépend en grande partie la santé – et le moral – du pays. Le dynamisme économique est palpable, porté en grande partie par un secteur privé dopé par une nouvelle génération de chefs d’entreprise, qui se diversifient, nouent des partenariats avec des groupes étrangers, appliquent des méthodes de gestion modernes. Certains secteurs – agriculture, tourisme, prospection pétrolière – suscitent les convoitises locales ou internationales. Sans parler des banques qui fleurissent ici et là pour s’installer sur un marché très (trop ?) disputé.
Bamako est industrieuse, poussiéreuse, vivante, ambitieuse mais aussi frondeuse. On râle beaucoup, à tout propos : les prix qui s’envolent, le gouvernement, les embouteillages, les chantiers qui n’en finissent plus, le méchant patron, les Chinois qui se croient tout permis… Magistrats, enseignants et étudiants, eux, défilent régulièrement dans les rues pour se plaindre de leurs conditions de travail, pour obtenir des augmentations de salaire, pour montrer qu’ils existent et qu’il faut compter avec eux.
Quelques jours après la célébration du septième anniversaire de son retour au pouvoir par les urnes (8 juin 2002), le chef de l’État, Amadou Toumani Touré, nous reçoit à la présidence. Un palais tranquille, où tout semble en ordre. La sécurité se fait discrète. Pas de visiteurs inopportuns incrustés dans les salles d’attente à attendre une audience, pas de cohortes de fonctionnaires ni de conseillers aux airs supérieurs. Le président arrive, costume gris impeccable, sourire aux lèvres.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, ATT, comme l’appellent ses compatriotes, à l’aise et visiblement de bonne humeur, revient sur les sept années passées à la tête du pays. Et évoque, entre autres, la question touarègue, la menace d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, les rumeurs qui le voient modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat, la classe politique malienne, la série de coups d’État sur le continent, l’élection ivoirienne, les rapports de son pays avec l’Algérie, le Maroc ou la Libye, le décès d’Omar Bongo Ondimba et, bien sûr, la relation franco-malienne. Entretien avec un démocrate formé à la dure école des casernes, ancien putschiste qui sut rendre le pouvoir aux civils au terme d’une transition exemplaire. Bref, un oiseau rare, en ces temps troublés…
Jeune Afrique : Vous avez célébré, le 8 juin dernier, le deuxième anniversaire de votre réélection à la tête de l’État dans un contexte particulier, marqué par le décès d’Omar Bongo Ondimba mais aussi par les interrogations sur votre volonté supposée de réviser la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat…
Amadou Toumani Touré : Effectivement, la nouvelle du décès d’Omar Bongo Ondimba a constitué un grand choc pour moi. J’ai un profond respect pour l’homme et le dirigeant. C’était quelqu’un de généreux, de très ouvert, qui savait mettre à l’aise son interlocuteur. On pouvait parler de tout avec lui. J’ai perdu un aîné et un ami. Quant aux supputations des uns et des autres sur ma volonté ou non de m’accrocher au pouvoir, je n’y peux rien…
Les révisions constitutionnelles sont en vogue sur le continent. Votre homologue et voisin nigérien Mamadou Tandja semble vouloir passer en force pour se maintenir au pouvoir. Envisagez-vous de réviser la Loi fondamentale malienne ?
Je n’ai pas de commentaire à formuler sur la situation au Niger ou ailleurs en Afrique. J’ai d’excellentes relations avec le président Tandja, et tout ce que je souhaite c’est que nous préservions la paix dans ce pays frère et voisin. Je me contenterai donc de parler du Mali en répétant ce que j’ai déjà dit : la Constitution est très claire sur la limitation du nombre de mandats présidentiels. Et aucun article de notre Loi fondamentale ne peut être modifié sans référendum.
Quelle que soit la méthode pour y parvenir, allez-vous briguer un troisième mandat en 2012 ?
Franchement, aujourd’hui, ce débat n’a pas lieu d’être. Je n’ai jamais exprimé ce souhait et ai déjà prouvé que je savais quitter le pouvoir…
Quel bilan faites-vous de ces sept années à la tête de l’État ?
Ma plus grande satisfaction, c’est l’apaisement du débat politique.
Au plan économique, nous n’avons traversé que des épreuves. Quatre mois à peine après mon investiture [le 8 juin 2002, NDLR], une grave crise a éclaté en Côte d’Ivoire. Le Mali s’est trouvé subitement coupé d’Abidjan, son principal port d’approvisionnement et d’évacuation de ses produits d’exportation à hauteur de 70 %. Notre pays a tenu le choc grâce aux efforts du gouvernement et des opérateurs économiques maliens. Le contexte de ma réélection en 2007 est aussi marqué par la crise alimentaire, aggravée plus tard par la flambée du prix du pétrole. Toute l’Afrique a été éprouvée, et les pays enclavés encore plus. Mais dans ces moments difficiles, l’État a assumé son rôle et a pu maintenir le rythme de réalisation des projets et programmes contenus dans le Projet pour le développement économique et social [PDES]. Nous avons ainsi investi plus de 358 milliards de F CFA dans les infrastructures.
Le niveau de la dette intérieure du Mali inquiète. Certains avancent le chiffre de 150 milliards de F CFA. Comment en est-on arrivé là ?
Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Le montant de notre dette intérieure approche en fait les 100 milliards de F CFA. L’État a engagé d’importants chantiers, indispensables faut-il le rappeler, soutient un certain nombre de prix, dont celui des hydrocarbures, et a accepté de se priver d’importantes recettes, sous forme de taxes, notamment dans le secteur agricole. Mais cette situation, conjoncturelle, reste sous contrôle.
Les grèves se multiplient, les magistrats, les enseignants ou les étudiants défilent régulièrement dans les rues de Bamako. Comment expliquez-vous l’expression récurrente de ce malaise social ?
Dans le contexte économique actuel, ces tensions me semblent normales. Malgré nos efforts pour contenir les prix, pour réduire les effets désastreux engendrés par la crise ou pour réformer des secteurs, comme l’éducation, en déshérence depuis des décennies au Mali, nous n’avons pas surmonté toutes les difficultés. Mais nous concentrons nos actions sur cette demande sociale qui s’exprime.Elle a un coût, mais la paix sociale n’a pas de prix.
Vos détracteurs vous reprochent justement une gestion à court terme. Tout comme ils vous reprochent d’engager l’État dans un grand nombre de chantiers d’infrastructures dont il n’aurait pas les moyens…
J’accepte les critiques. Nous avons pu commettre des erreurs, même si ce ne sont pas celles que vous venez d’énoncer. Nous sommes en train de les corriger. Mais nous gérons l’urgence comme le long terme, avec les moyens à notre disposition.
Comment voyez-vous la présidentielle de 2012 ? Avez-vous un dauphin ou un favori ?
Il faudrait déjà savoir qui sera candidat… Plus sérieusement, en 1992, j’ai remis le pouvoir à celui que le peuple malien a désigné lors d’une élection démocratique [Alpha Oumar Konaré, au pouvoir jusqu’en 2002, NDLR]. Je ferai la même chose en 2012.
Vous avez organisé, en novembre 2008, les États généraux contre la délinquance financière et la corruption. L’arrestation du vérificateur général, Sidi Sosso Diarra, qui incarne cette lutte contre la corruption, est devenue une véritable affaire d’État. Cela ne ternit-il pas l’image de votre pays ?
À travers ces États généraux, nous avons surtout voulu reconnaître qu’il s’agissait d’un véritable problème au Mali et que nous avions beaucoup à faire en la matière. Ce n’est pas si courant sur le continent.
Concernant le vérificateur général et pour la compréhension de vos lecteurs, il me semble utile de préciser que l’État n’a pas engagé de poursuites contre lui. Il s’agit, et je le regrette profondément, d’un conflit de travail qui a opposé monsieur Sidi Sosso Diarra à une partie du personnel du Bureau du vérificateur général, [en l’occurrence deux magistrats qui ont refusé leur mise en disponibilité et à qui Sidi Sosso Diarra a interdit d’accéder à leurs bureaux, NDLR]. Ces derniers ont porté plainte avec constitution de partie civile devant un juge d’instruction. C’est un problème entre ses employés et lui, qui n’est donc franchement pas de nature à remettre en cause la lutte contre ce fléau. Le Bureau du vérificateur général est ma création et il continuera d’exister tant que je serai au pouvoir.
Les récents succès de l’armée malienne contre les troupes d’Ag Bahanga et l’exil en Libye de ce dernier signifient-ils la fin de la rébellion touarègue ?
Il ne faut pas confondre la bande d’Ag Bahanga avec la communauté touarègue. Je récuse la notion de problème touareg s’agissant des derniers événements dans le nord-est de Kidal.
Les acteurs de l’attaque du 23 mai 2006 contre le camp militaire de Kidal [revendiquée plus tard par Ag Bahanga et son Alliance du 23 mai pour le changement, NDLR] n’ignoraient pas les sacrifices consentis en faveur des régions du Nord. J’ai invité les Maliens au calme et à la sérénité, en insistant sur le caractère minoritaire de cette contestation armée. De la même manière, je me suis engagé à trouver une solution politique à la crise, malgré le ressentiment d’une large frange de nos compatriotes qui ont estimé, à juste titre, que rien ne justifiait le recours aux armes. Sous l’égide du facilitateur algérien, le président Abdelaziz Bouteflika, l’accord d’Alger a été signé le 4 juillet 2006. Depuis, le processus de paix se consolide. Mais je reste convaincu que la paix définitive se gagnera par le développement.
Le rôle de la Libye dans cette affaire semble assez trouble…
Je n’ai jamais ressenti d’autre volonté chez les Libyens que celle de nous aider.
Deux épisodes sont venus démontrer récemment qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique [AQMI] constituait une menace de plus en plus sérieuse. Un otage britannique, Edwin Dyer, a été exécuté le 31 mai et un officier de l’armée malienne assassiné à son domicile le 10 juin, à Tombouctou. Comment comptez-vous y répondre ?
Cette menace était déjà largement perceptible avant mais, là, nous avons atteint un point de non-retour. Sur notre territoire, nous avons lancé, cinq jours après l’assassinat du lieutenant-colonel Lamana, des opérations militaires d’envergure contre toutes les bases d’AQMI dont nous avions connaissance. Avec succès.
Maintenant, les salafistes d’AQMI bénéficient de complicités : trafiquants de cigarettes ou de drogue en provenance d’Amérique latine, passeurs de clandestins, etc. Et la zone concernée est si vaste et si complexe à surveiller que nous ne pouvons résoudre ce grave problème sans la coopération des autres pays concernés. Un problème global nécessite des réponses concertées.
À ce propos, vous avez proposé, en septembre 2007, l’organisation d’une conférence régionale sur la sécurité dans la zone sahélo-saharienne. Pourquoi tarde-t-elle tant à voir le jour ?
Tous les chefs d’État de cette région qui s’étend de la Mauritanie au Soudan sont acquis à l’idée de la tenue d’un tel sommet. Une réunion des ministres des
Affaires étrangères, appuyés par des experts, s’est déjà tenue à Bamako. Tous les documents devant être soumis au sommet ont été élaborés. Nous allons fixer dans les prochaines semaines une date
pour la rencontre des chefs d’État en tenant compte des agendas des uns et des autres, ce qui n’est pas une mince affaire, croyez-moi… Nous souhaitons la présence de tous, ce qui explique en
grande partie le fait que nous mettions du temps à l’organiser.
L'artiste musicien ivoirien Alpha Blondy, star internationale de reggae, fait une irruption fracassante cette
semaine, sur le terrain politique national en émettant son avis, sans nul doute partisan, sur l'évolution actuelle de la situation en Côte d'Ivoire.
Dans une interview accordée au quotidien gouvernemental Fraternité Matin parue mercredi et dans laquelle il aborde, pèle mêle, différents thèmes parlant des hommes politiques américains, de son rendez-vous manqué d'Alger et surtout de la démocratie et la bonne gouvernance, des élections ivoiriennes à venir et les principaux acteurs de celles-ci, il prend position de façon nette et claire en faveur d'un des candidats, notamment le chef de l'Etat : « Laurent Gbagbo mérite deux mandats » affirme-t-il.
L'artiste justifie sa position en ces termes, sur un fond d'ironie : «Pour moi, il lui faudra deux mandats parce qu'il n'a eu que deux prolongations sans que le match proprement dit ait eu lieu, you know ! » Il poursuit dans sa démonstration pour livrer entièrement le fond de sa pensée: «Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir et n'a jamais eu le temps de commencer à travailler. Entre deux coups d'Etat manqués, il n'a pas eu les mains libres pour commencer son programme de société. Il a passé son temps à colmater les brèches de ses prédécesseurs. Je voudrais donc qu'on lui donne sa chance. Une chance véritable pour que le peuple puisse le juger sur ses actes à la fin de son mandat... ».
Du défunt chef de la junte militaire le Général Robert Gueï à qui il a accordé quelques lignes en évoquant le passé tumultueux de la démocratie ivoirienne, il dit : «Souvenez-vous, sur les radios étrangères, j'avais prévenu Gueï qu'il serait trahi. J'ai même dit à son fils Franck Gueï de dire à son "vieux" de ne pas se présenter aux élections... »
« S'agissant de M. Bédié, poursuit Alpha Blondy, lorsque le concept de "l'Ivoirité" a éclaté à notre figure, j'ai attiré son attention sur la situation explosive que cela pourrait déclencher. Il avait 120 conseillers et personne n'a pu lui dire attention, ce concept de l'ivoirité que vous considérez comme une revolution culturelle, est une bombe à fragmentation... ».
Alpha Blondy n'aura absolument rien dit cependant, dans cette interview, de l'autre homme politique ivoirien, Alassane Ouattara, à qui une interview précédente avait été consacrée. L'artiste a choisi de conclure son entretien par un appel franc en faveur du chef de l'Etat à l'occasion des prochaines élections : «J'appelle les Ivoiriens à voter massivement le candidat Laurent Gbagbo qui, même s'il a combattu Houphouët Boigny, ne l'a pas fait avec les armes... » dit-il ouvertement.
Mais quelle est donc la raison profonde qui justifie véritablement le soutien inconditionnel d'Alpha Blondy au chef de l'Etat ivoirien ? Cette raison est évoquée plus loin. Elle est plus ou moins subjective : « Durant ma mission onusienne, M. Laurent Gbagbo a pris le temps d'écouter un marginal comme moi. Deux heures durant. J'ai un grand respect pour les gens humbles. Il est venu me voir lorsque j'ai perdu mon ami Pinto... bref, Laurent Gbagbo a conjugué un certain respect vis-à-vis de ma modeste personne et je voudrais être à hauteur de ce respect, you know !» rajoute-t-il.
Une prise de position qui ne manquera certainement pas de susciter de vives réactions à l'endroit de l'artiste.
Tandis que la situation reste calme autour de produits comme le riz, le mil et le lait, le sucre, lui, s'emballe
C'est aussi le mois le plus dispendieux de l'année. Les consommateurs le redoutent peut être moins pour les multiples
privations qu'il impose que pour les dépenses que la période occasionne. Le Ramadan est en effet propice aux spéculations sur les produits de forte consommation comme le riz, le mil, le sucre, le
lait, la viande, l'huile et les condiments.
Ces dernières années, les pouvoirs publics se sont efforcés d'anticiper à la fois sur les pics de la demande et sur les mauvais réflexes spéculatifs avec plus ou moins de succès. Par exemple, des
facilités sont accordées aux importateurs et des campagnes de sensibilisation menées dans les médias. L'année dernière, le Ramadan survint dans un contexte particulier et inattendu occasionné par
la surchauffe sur les prix des produits de première nécessité tels le riz, le sucre, l'huile et le lait et la hausse vertigineuse du prix du pétrole sur le marché international et par ricochet
dans nos stations service.
MALCHANCE PERSISTANTE. Cette année, le Ramadan débute dans des conditions peu favorables. La situation
est marquée par des problèmes d'approvisionnement occasionnés d'abord par la fermeture momentanée du pont de Kayes pour réparation. Cet ouvrage est un segment essentiel du corridor routier
reliant notre pays au port de Dakar. Cette situation a eu pour conséquence directe, le ralentissement du trafic sur cet axe très passant qui voyait passer plus de 70% du trafic routier à
destination de Bamako par Kayes, soit plus 4000 camions par mois.
En attendant la réouverture du pont, les importateurs se sont rabattus sur le port d'Abidjan. Mais là, une mauvaise surprise est survenue : le déclenchement d'une grève par les dockers du port au
début du mois de juin. L'épisode a, bien entendu, conduit à des perturbations dans l'approvisionnement du pays. Les importateurs échaudés, se sont déportés sur les ports de Lomé, Cotonou et Téma
au Ghana. La malchance les y a poursuivis. En effet, la période a coïncidé avec l'application effective par le Benin, le Togo et le Ghana, de la mesure de pesage à l'essieu des véhicules gros
porteurs. Tous les ingrédients ont donc concourus à enrayer notre système d'approvisionnement.
Les pouvoirs publics ont imaginé diverses solutions palliatives. Soulignant la complexité du problème posé, le directeur national du Commerce de la Concurrence, Mahamane Assoumane Touré, explique
que dans le cas du sucre, les autorités ont ordonnée la mise sur le marché de la production nationale. Au moment de la grève des dockers du port d'Abidjan, note-t-il, les importateurs ayant
bénéficié de la mesure d'exonération sur le riz, avaient importé plus de 200 000 tonnes de riz, négligeant du coup le sucre.
Le stock de la production nationale de sucre qui était de 35 000 tonnes a ainsi été mis sur le marché. Mais ce stock est aujourd'hui épuisé et le pays dépend désormais exclusivement des
importations.
Mahamane Assoumane Touré estime suffisants sur le marché les stocks de tous les autres produits. Le marché est ainsi suffisamment approvisionné en riz avec un stock potentiel de plus de 151 000
tonnes. Le sac de 100 kilos est vendu entre 28 000 et 30 000 Fcfa pour un kilo de riz qui revient à 325/350 Fcfa au détail. Il en est de même pour le lait et l'huile dont les prix ont d'ailleurs
subi une réelle baisse cette année. Le kilogramme de lait qui était cédé à 3 000 Fcfa l'année passée est aujourd'hui vendu entre 2 300 et 2 500 Fcfa, explique le patron de la DNCC.
DEFICIT SUR LE MARCHE MONDIAL. Cette modération sur les prix des produits laitiers et de l'huile
malgré une demande forte, s'explique par le fait que le marché est envahi de lait de toutes les provenances. L'atmosphère est toute autre autour du sucre, sans doute le produit le plus sollicité
pendant ce mois. Selon la DNCC, il existerait actuellement un stock potentiel de 43 000 tonnes de sucre dont 12 000 tonnes dans les magasins des grossistes, 5 000 tonnes au niveau de la douane et
25 000 tonnes au port d'Abidjan. Or la consommation mensuelle du pays pendant cette période est estimée à plus 20 000 tonnes. D'où les inquiétudes.
Mais l'on se veut quand même rassurant du côté du ministère de l'Industrie, des investissements et du Commerce. « Il n'y aura pas de pénurie de sucre. Nous avons engagé des concertations directes
avec la direction nationale des Transports et celle des douanes pour que la priorité soit accordée à l'acheminement rapide et sans contrainte des stocks de sucre disponibles dans les différents
ports », précise le responsable de la DNCC.
Mais sur les différents marchés de la capitale les spéculateurs sont déjà à l'œuvre. Le sac de 50 kg qui se vendait il y a une semaine entre 18 500, 20 000 ou 21 500 Fcfa (soit 400 à 425 Fcfa le
kilo au détail), a grimpé à 25 000 Fcfa et même jusqu'à 27 000 Fcfa, selon les marchés.
Du côté des grands opérateurs, l'on murmure que l'approvisionnement en sucre pourrait connaître de gros problèmes dans les mois à venir. Car ce produit se raréfie sur le marché international sur
fond d'envolée inhabituelle des prix. La tonne est aujourd'hui proposée à environ 500 dollars (environ 250 000 Fcfa) la tonne, aussi bien à la bourse de Londres qu'à celle de New York, soit une
hausse de 53% sur les trois derniers mois. En cause, une baisse de la production en Inde et au Brésil, deux pays qui produisent à eux seuls la moitié du sucre vendu sur les marchés
internationaux.
En Inde, deuxième producteur mondial, la production a baissé de 40% à cause d'une saison des moussons beaucoup moins pluvieuse que prévue. Ceux qui s'intéressent au marché du sucre font par
ailleurs remarquer que la hausse du prix de pétrole a bouleversé la production sucrière au Brésil. En effet, plus de la moitié de la production de canne à sucre dans ce pays est désormais
consacrée à la fabrication d'éthanol. Ces facteurs apparemment lointains ont pourtant des conséquences directes sur nos importations.
Mais mis à part le sucre, l'on n'assiste pas à une poussée de fièvre sur les produits de première nécessité en cette veille de Ramadan. Pas pour le moment. Il ne reste qu'à espérer que chacun
continue à savoir raison garder.