Bonjour,
Aujourd'hui, la première partie d'un article tiré du "Soir de Bamako" et signé du journaliste Oumar Diawara concernant l'appelation des villes maliennes, la première partie traitant de Mopti et la
deuxième de Tombouctou ...
Un article très intéressant et enrichissant :
"Soit par déformation linguistique, soit par manie de vouloir “coloniser“, voire tout rebaptiser... même nos grandes villes et localités, l’ancien colonisateur
n’avait jamais pu, ou ne s’était jamais résolu à prononcer correctement leurs noms, du moins tels que les ont baptisés leurs fondateurs: nos ancêtres.
C’est ainsi que la presque totalité des capitales et grandes villes africaines ont perdu et l’orthographe, et la phonétique de leurs noms
authentiques. Et sous nos cieux, l’on peut citer, entres autres, les exemples de Sikasso, Bandiagara, Tombouctou et Mopti. Sans compter que, dans ce contexte, la liste n’est pas
exhaustive. En effef, si les fondateurs de ces localités devaient ressusciter
aujourd’hui, ils seraient interloqués, sinon catastrophés au plus haut point, en entendant la prononciation, plutôt la déformation actuelle qu’on a faite de ces anciennes bourgades qu’ils ont
eux-mêmes baptisées. Car il est évident que sur le plan de la prononciation phonétique et la signification dialectale, autant le nom Sikasso est différent de celui de Bandiagara, autant celui de
Mopti ne ressemble pas à celui de Tombouctou. En effet, le noms originels de
Sikasso et Bandiagara étaient “Siga ka so” et “Mbagna ngara” qui veulent dire respectivement : en bamana, “La maison de Siga”, et en peuhl, “Que tu détestes, que tu
viennes“. Les premiers noms de Tombouctou et de Mopti, quant à eux,
étaient Tim-Bouctou et Motou ou Moti, qui veulent dire : “Le puits de Bouctou” (pour Tombouctou), et pour Moti, “Rassemble, rassemblé, réuni”, en
peuhl. Signalons qu’au Sénégal, par exemple, il existe une ville dont la
signification est tout le contraire de celle de “Mbagna-ngara” (Bandiagara). Il s’agit de “Wéli-ngara“, qui, en peuhl, veut dire “C’est bon, que tu viennes”, “Tu
es venu parce que c’est bon ” ou “Bienvenue ”...
Ainsi, les noms de beaucoup d’autres villes et localités africaines ont été déformées par le colonisateur. C’est dire, en fait, qu’un village, une ville, une contrée, et un pays ont beau avoir
son nom originel, il est très rare, voire très difficile qu’ils conservent leurs histoire et authenticité. Et pour cause : il est dit qu’avec le temps, la négligence et l’oubli reforment et
transforment tout. En fin de... contes, l’acharnement et l’entêtement du
colonisateur à vouloir nous faire oublier ...même nos noms authentiques n’avaient d’égale que leur ignorance de nos us et coutumes. Et lorsque la manie coloniale “d’européaniser” les
noms africains s’en est mêlée, alors bonjour les dégats culturels. L’historique d’une
“ “ Motou” ou “Moti” : “Rassemble, rassemblé”, en peuhl. Les
Marakas surnommaient la ville “Issaka“, et les Dogonos, “Saga”. Mais Moti a été surnommée, pour la première fois, “La Vénise du Mali” par l’éminent Professeur et
historien, Bakary Kamian. Du reste, les Kamian ne sont-ils pas des Somonos, une des ethnies qui ont pour beaucoup contribué à la fondation de la ville
? D’autre part,il est évident que lorsqu’un Bozo ou un Somono s’établit
définitivement quelque part, c’est qu’il y a assez d’eau pour lui permettre d’exercer sa profession favorite : la pêche. Et Moti, pardon, Mopti, se prêtait parfaitement à la
situation. Vénise”
En effet, la ville s’est fondée et a acquis son
nnom à partir d’une idée ioriginale. Le site était presqu’entièrement inondé, et seule une file d’ilôts émergeait de cette étendue aquatique. Mais les premiers habitants voulaient y
rester, vivre et cohabiter. Ils eurent donc l’initiative de rassembler ces ilôts par des bandes de terre, afin d’y bâtir leurs maisons.
Autrefois, le lieu était si inondé que certaines maisons s’enfoncaient au fil
des ans. Mais la pluviométrie diminuant d’intensité, d’année en année, la nappe phréatique située en dessous de la ville s’asséchait ou se retirait au fur et à mesure. Dégradation
environnementale... désoblige. Ainsi, la ville s’est allongée et élargie de plus en plus.
Mopti pardon, Moti est peut-être la seule ville d’Afrique entièrement
entourée d’eau. Même si sa “jumelle” italienne, Venise, entièrement bâtie sur des lagunes, a plus de débouchés qu’elle.
Vers 1888, Motou était un village peuplé de 700 à 800 habitants,
essentiellement compossés de pêcheurs bozos et Somonos. C’était aussi le port d’attache de l’érudit Tidiani de Mbagna-ngara (Bandiagara), fondateur de la confrérie “Tidianiya”. Avec le
temps, près de 100 000 déplacés affluèrent de Macina vers Moti.
En 1909, les colons français choisirent la ville comme port militaire, en
raison de sa sécurité stratégique. En 1917, le cercle de Djénné fut supprimé et rattaché à Moti. Et le pays Dogono (la contrée des falaises ) envoyait aussi son surplus d’habitants vers la
“Capitale” (Moti). Pourtant, certaines bourgades comme Konna, Kouakourou et Déguèmbèrè seraient plus anciennes que Motou.
Il n’empêche qu’en 1897, la “Vénise” était valorisée par de
belles dames parisiennes qui y débarquaient en masse, à la recherche... d’aigrettes, cette variété de hérons à la plume et au panache très pittoresques. On raconte même qu’un colon français y a
épousé... sept femmes peuhles, avant de fonder l’actuel quartier de “Charles-Ville”, devenu, depuis lors, le secteur administratif.
Moti était et demeure encore le principal port malien de pêche, avec des
succursales à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), Bouaké (Côte d’Ivoire)... bref, dans toute la sous-région et bien au delà. C’est que, comme l’affiramait si bien le défunt sage, Amadou Hampaté Bah,
“là où ne manquent ni eau, ni herbe, ni poisson, la vie n’arrête pas de sourire”."